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La Souffrance du Médecin (2)
Prise en charge des professionnels de santé souffrant d'addictions Docteur Pierre CARAYON
Les addictions des professionnels de santé, et en particulier des médecins, sont la conséquence de leurs souffrances, elles-mêmes liées, le plus souvent, à un mal-être, à un problème existentiel, à une difficulté à assumer ses limites, à gérer des capacités jamais suffisantes pour un médecin exigeant, à affronter la finitude de soi et des autres. Nous sommes toujours dans le manque et dans la frustration et nous sommes tous candidats à la fuite dans des addictions. Mais seuls certains (5 à 7 %) sont piégés par des produits psycho-actifs euphorisants, au premier rang desquels l’alcool (70% des cas selon l’OFDT), produit d’accès facile et bien accepté socialement au début, mais aussi piégés par des comportements (jeux d’argent, jeux vidéos, sexe, et aussi travail). Et ceux qui sont véritablement dépendants le sont pour des raisons complexes biopsychosociales (le facteur biologique pouvant être, très schématiquement, un déficit génétique en GABA).
Les médecins généralistes paient un lourd tribut, mais à l’inverse sont d’excellents addictologues quand ils s’orientent vers ces soins, sans passer par la psychiatrie.
Pourquoi des structures dédiées aux professionnels de santé ? (revendication ancienne des médecins anglosaxons).
Plusieurs raisons : le nombre (5 à 10% des médecins sont concernés) ; la sévérité (plus de cirrhose, donc plus de cancer du foie chez les médecins) en raisons du retard à consulter, lui-même lié à la difficulté de passer du stade de soignant à celui de soigné (le médecin croit pouvoir se maîtriser, et a du mal à se confier à un collègue) ; l’intérêt d’une structure résidentielle d’accueil d’emblée (et non pas d’une prise en charge ambulatoire en première intention comme habituellement, en raison du risque de continuer à exercer) avec cure de sevrage complexe d’une semaine, et cure de consolidation du sevrage de six semaines ; la légitimité d’une structure spécifique, car le médecin a du mal à se livrer face au regard des non-médecins. Les non-médecins sont gênés par les confidences d’un médecin qui pourrait être le leur. Les médecins-malades risquent d’intervenir dans les soins, d’autant qu’ils sont souvent sollicités (Et toi, toubib, qu’est ce que tu en penses ?). La confidentialité est facilitée par la spécificité.
Des structures dédiés existent en Angleterre, Ecosse, Espagne, Etats-Unis, Canada, Italie. En France un projet bisontin (en convention avec le CHU) d’une clinique addictologique de 55 lits dont 15 dédiés aux professionnels de santé, projet ancien (2005) suscité par l’Ordre national des médecins, d’abord porté par l’ANPAA, actuellement par la Fondation Arc-en-ciel, en attente de décisionauprès de l’ARS de Franche-Comté. Ce projet vise à en susciter d’autres. Un accueil (presque) spécifique est possible dans quelques structures addictologiques, avec projet d’agrément par l’APSS (Association pour la Promotion des Soins aux Soignants). Un programme thérapeutique est en cours d’élaboration pour labellisation, visant à revaloriser les soignants, à apporter une forte information addictologique, à cibler une gestion du stress (thérapie comportementale et relaxation).
Le suivi des médecins concernés est capital, avec projet d’un réseau de médecins tuteurs, formés par l’APSS. L’objectif est la reprise de l’exercice, qui serait possible dans 80 à 85% des cas. Sinon une réinsertion est à organiser dans le cadre d’une cellule de réinsertion-réadaptation (prévue dans le projet de clinique) avec bilan de compétence, projet de reconversion, accompagnement personnalisé.
Cette prise en charge doit faire l’objet d’un contrat thérapeutique (comme cela a été réalise par les médecins catalans), facilitant des avantages financiers de la part des mutuelles professionnelles et de la CARMF.
Le but est d’aboutir à une réalisation dès que possible, car la santé de nombreux professionnels de santé, et donc de la population, en dépend.
Epuisement des soignants : Docteur Madeleine ESTRYN-BEHAR (cliquez sur fichier)
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